im Burton est déjà employé depuis trois ans par les Studios Disney lorsqu'on lui donne les moyens de réaliser ce court-métrage d'animation de six minutes. Filmé en noir et blanc avec la technique d'animation image par image, ce film illustre les visions terrifiantes du petit Vincent Malloy qui, s'identifiant à Vincent Price, transforme les objets et les acteurs de son quotidien banal en éléments d'un film d'horreur, dignes de son maître à penser. Lisant Edgar Allan Poe, toute l'imaginerie du poète se reflète et s'enrichit dans son imaginaire d'enfant tourmenté : il enterre sa sœur vivante comme l'héritier de La Chute de la Maison Usher, son chien devient un monstre avec lequel il hante les rues de Londres, il plonge sa tante dans le cire comme le personnage de L'Homme au masque de cire (House of wax), enfin, il termine à terre dans le noir, citant la fin du Corbeau.
e noir et blanc , très contrasté, influencé par l'expressionisme allemand des années 20, pourrait sembler incompatible avec les rêveries d'un enfant de sept ans. Tout est cadré à sa hauteur : les décors sont vus en contre-plongées effrayantes, avec des perspectives exagérées. Seule la petite sœur et les animaux sont entiers au regard du spectateur, les adultes sont eux décapités par le cadrage : ce ne sont que des substituts qui ramènent à la réalité, il ne méritent donc pas d'exister entièrement dans le monde de Vincent Malloy (le même procédé est employé dans certains dessins animés de Tex Avery : coïncidence ou similitude voulue ?).
im Burton, lui, affirme n'avoir pas cherché à se mettre en scène. On a quand même du mal à ne pas penser à la personnalité de l'enfant décalé qu'il était, nourri de films d'horreur, admirant Vincent Price, en particulier pour les adaptations d'E.A. Poe auxquelles il avait participé dans les années soixante. Ce film reste décidément troublant par son aspect autobiographique, mais aussi parce que le récit est entièrement confiée à la voix d'un narrateur exceptionnel, incarné par... Vincent Price lui-même - hommage de Burton en forme de cadeau pour un acteur qui ne jouait plus guère que dans les théâtres. Vincent lui a redonné un souffle cinématographique. Ce fut également le début d'une complicité entre les deux artistes : Vincent Price fera sa dernière apparition à l'écran, en tant qu'acteur, dans Edward aux Mains d'Argent.
es influences sont donc multiples, mais on aurait tort de voir dans ce court-métrage une successions de citations. Les références utilisées sont digérées par l'auteur. Tim Burton ne revoit pas les films qui lui servent de modèle (il fera de même plus tard pour les films d'Ed Wood) : il recrée leur ambiance en montrant ce qu'on en retient, en s'appropriant ses sources d'inspiration. Le plagiat n'est donc pas un langage cinématographique pour lui. Tout au plus pourrait-on lui reprocher un manque d'originalité si l'on n'était pas touché par le sujet.