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partie 1/2

Lorsqu'entre deux espaces d'ennuis Tim Burton griffonne des petits « mickeys » (c'est ainsi que l'on nomme les petits dessins que l'on façonne sur le coin d'une feuille), il était loin de se douter que « Nightmare Before Christmas [reste] plus cher à [son] cœur que tout autre film ». Il n'en était pourtant le réalisateur...

[Où Tim Burton découvre ses idéaux]

out commence dans la banlieue de Burbank en Californie. L'endroit est morne et sombre, la mentalité de sa population est propre à éviter tout débordement public. Chacun se surveille, prêt à commenter au soir du repas les agissements de son plus proche voisin : il faut bien donner un semblant de sociabilité pour sa famille ! Il en donnera une vision toute significative dans son poème filmé Edward aux Mains d'Argent.
Au milieu de cette triste arène, Tim Burton déchaîne son intérieur comme il peut en allant voir les films de Roger Corman, dont il affectionne particulièrement le style, et notamment les œuvres tirées de l'imaginaire d'Edgar Allan Poe comme La Chute de la Maison Usher, Le Puits et le Pendule, La Tombe de Ligéia... avec, en maître de cérémonie : Vincent Price, qui, s'il avait été une femme, aurait pris le doux titre de muse.
Tout ce stimulant breuvage n'est qu'une friandise, mais pas des moindres, qui lui convient parfaitement pour patienter jusqu'aux deux plus importants événements de son année : Halloween et Noël, susceptibles d'apporter enfin au petit Tim tous les éléments de joies et de couleurs qui lui manquent durant l'entre-deux.
C'est durant ces festivités, très populaires (financièrement ?) au pays de l'oncle Sam, qu'il découvre notamment l'imagerie des masques et la version live des films de Corman pour Halloween, mais aussi Rudolf le Petit Renne au Nez Rouge - notons que ce héros complète dès 1939 les huit rennes originaux du poème de Clément Clarke Moore A Visit From St Nicolas - et l'univers du célèbre (outre-Atlantique) Dr Seuss pour la période de Noël : quand Rudolph guide le traîneau du Père-Noël dans les intempéries pour sauver Noël, le Grinch du Dr Seuss, quant à lui, n'en finit pas de saccager l'esprit de la fête par pure fumisterie mêlée d'amertume. Tous ces univers entremêlés et fondamentalement antinomiques vont propulser Tim Burton vers un étrange Noël...

[Où Noël se fait étrange]

u début des années 80, Tim Burton, employé par la compagnie Disney, vient de réaliser le court métrage Vincent qui fait figure d'OVNI chez les responsables de la firme, incapables de coller une étiquette à leur image. Le réalisateur n'en reste pas moins convaincu de son potentiel, enfermé dans son placard à mettre en place l'idée directrice d'un projet encore incertain d'un roi des citrouilles sous forme de poème. Sera-t-il le héros d'un court métrage, comme Vincent, diffusé pendant les fêtes de Noël, restera-t-il un simple poème directement inspiré et réinventé du Night Before Christmas (titre définitif pour A Visit From St Nicolas) de Clément C. Moore ou bien prendra-t-il le tapis rouge à destination des salles obscures ? À cette époque Tim Burton n'a pas réellement décidé du destin de son personnage, squelette abusivement longiligne vêtu comme un Père-Noël, rêvant de faire d'Halloween une fête à l'image de Noël (à quelques babioles prêts, et non des moindres). Une certitude à l'époque : il souhaitait avoir pour narrateur celui de Vincent : Price lui-même.
Le poème de trois pages que Tim Burton a organisé, complété de plusieurs dessins significatifs, comporte déjà les points phares de ce que deviendra le film. Mais Disney n'est pas prêt pour une telle aventure qualifiée d'horrifique pour les studios qui l'emploient. Tim Burton s'en défendra par la suite : « pour moi ce film est une histoire positive. Il n'y a pas de vrais méchants. C'est simplement que les personnages essaient de faire quelque chose de bien et se trompent un petit peu ». L'histoire glisse dans un tiroir et Tim Burton se concentre sur d'autres projets Disney avant de mettre un terme à cette collaboration, entre lui et le studio, pour le moins déconcertante.

[Où l'étrange Noël se révèle]

n quête d'une nouvelle expérience cinématographique, après les succès de Batman et d'Edward aux Mains d'Argent, Tim Burton décide de remettre en avant son poème trop longtemps resté à l'écart. Son nouveau statut de réalisateur «bankable» devrait le mettre cette fois en position de force, mais il s'aperçoit très vite que les droits de son projet ne sont pas en sa possession et que Disney détient les droits, et donc toutes les décisions. Tim Burton met donc tout en œuvre pour faire sortir son projet de l'ombre. Les nouveaux dirigeants, Jeffrey Katzenberg - le futur « K » de Dreamworks SKG - en tête, accueille cette initiative très favorablement, voyant un moyen de faire prendre à la firme, aux récents succès comme La Petite Sirène ou La Belle et la Bête, un tournant intéressant et inédit, puisque L'Étrange Noël de Monsieur Jack devient le premier film d'animation image par image des studio Disney - qui réitéreront l'expérience avec notamment James et la Pêche Géante (1996) d'un certain Henry Selick... Notons que la première comédie musicale en animation image par image fut Mad Monster de Jules Bass en 1969.

este à Tim Burton à trouver le réalisateur approprié pour cette technique de l'animation image par image, lui-même ne se sentant pas capable de s'investir seul dans une période plus longue qu'un court métrage comme Vincent. Car c'est décidé : The Nightmare Before Christmas sera bien un film réalisé selon les technique de l'animation image par image... procédé élaboré dès 1915 par Willis O'Brien et son court métrage The Dinosaur and the Missing Link. Willis laissera également en héritage, entre autre œuvre, le somptueux Monde Perdu (1925) ainsi que les effets en Stop Motion (non générique dans les milieux du cinéma pour désigner une animation image par image) du King Kong de 1933 réalisé par Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack.
La pratique s'étant nettement améliorée depuis quelques temps, notamment grâce à l'utilisation de l'ordinateur pour rendre plus fluides les mouvements des personnages et des caméras, Tim Burton souhaite un virtuose en la matière et c'est tout naturellement qu'il se tourne vers Henry Selick, connu quelques temps auparavant, dans les années 1970, chez... Disney.
Henry Selick est loin d'être un débutant dans le monde du Stop Motion : on lui doit plusieurs génériques et courts métrages expérimentaux pour la chaîne musicale MTV et notamment Slow Bob in the Lower Dimensions (1990), film singulier situé dans une autre dimension, ce fut l'œuvre qui arrêtera au final le choix de Tim Burton pour ce réalisateur de génie.

[Où le musical se la joue 24 images/seconde]

'Étrange Noël... n'aurait pas eu l'ampleur qu'il suscite aujourd'hui encore sans le concours extrêmement influent de Danny Elfman, le compositeur de toutes les musiques de film de Tim Burton depuis Pee-Wee Big Adventure - il fut néanmoins écarté provisoirement de l'univers de Tim Burton sur le projet d' Ed Wood juste après cet Étrange Noël, l'investissement tant professionnel que personnel ayant apparemment eu raison de leur amitié réciproque : comme toute union forte, les tensions sont souvent cause de déchirures...
Il entre dans le programme de Noël aux prémices de l'aventure, développant et construisant l'univers avec son complice. Car le poème originel de trois pages et trois personnages (Jack, Zéro et le Père Noël) doit être retravaillé et étoffé pour qu'il puisse raisonnablement être exploitable pour un long métrage. Tim Burton fait donc appel tout naturellement à Michael McDowell - qui avait déjà scénarisé pour lui The Jar et Beetlejuice - pour adapter l'histoire au support et mettre à plat un scénario approprié. Pendant ce temps Danny Elfman écrit ce qui était prévu dès le départ par Tim Burton : le musical de cette comédie macabre, en conséquence : les chansons. Lorsque Michael McDowell rend sa copie, l'enchantement n'est pas de mise : peu de chose à l'intérieur du script fonctionne correctement, selon l'initiateur et son compositeur. C'est alors que la méthode de travail initialement amorcée prend un tour des plus singuliers : si d'ordinaire les chansons sont insérées à l'intérieur d'un scénario déjà bien ficelé, Danny Elfman et Tim Burton - alors occupé sur Batman, le défi et Ed Wood - vont tout simplement faire avancer l'histoire au gré des chansons, employant la chanson comme prolongation narrative au lieu d'être une simple parenthèse musicale qui suspend d'un coup la progression de l'histoire, comme on a trop tendance à l'entendre aujourd'hui. Les comédies musicales d'antan, comme L'Opéra de Quat'Sous (1928) de Kurt Weill et Bertolt Brecht ou plus récemment West Side Story (1957) de Jerome Robbins, utilisaient la chanson comme vecteur de l'histoire.
Danny Elfman va jusqu'à enregistrer toutes les chansons avec sa propre voix - n'oublions pas qu'il fût chanteur-compositeur de son groupe Oingo Boingo - pour donner une dimension matériel au projet et suivre une logique rythmique à l'histoire. Il gardera au final le personnage chanté de Jack, très proche de lui, mais laissera le talent de Chris Sarandon (Vampire, vous avez dit vampire ? de Tom Holland en 1985) doubler les rares paroles du héros, jugeant que cette performance est un métier à part entière.

De ces refrains tantôt mélancoliques emprunts de Kurt Weill - One Touch of Venus (1943) ou encore la chanson Nannas Lied dont Sally's Song s'inspire musicalement - et tantôt rythmiques, très jazzy, dans le style des Rogers & Hammerstein (Oklahoma! - 1943, ou The Sound of Music - 1963 par exemple), Henry Selick a dorénavant une véritable matière et un ton sur lequel s'appuyer pour commencer son tournage - à ce stade le storyboard n'est toujours pas écrit : il ne le sera finalement que presque un an après la création de toutes les chansons du film - les enchaînements hors chansons pouvant être tournés plus tard lorsque Caroline Thompson - déjà engagée sur Edward aux Mains d'Argent - aura mis en place les dialogues finaux qui étofferont les personnages. Le réalisateur ne manque pas, par ailleurs, d'émettre plusieurs suggestions qui seront, pour la plupart, retenues dans le projet, comme par exemple le maire d'Halloweenland à l'humeur changeante ou le savant fou, créateur de la douce Sally.

màj : 12/2004