im Burton est arrivé à un point assez chaotique de son évolution lorsqu'il réalise Ed Wood. S'il est satisfait de Batman, le défi, le studio n'y voit qu'un succès financier insuffisant. Il a tourné dans Singles et produit Cabin Boy, deux expériences peu satisfaisantes. Il a travaillé sur Mary Reilly puis l'a abandonné quand il ne se sentait plus maître du projet. Il est un réalisateur reconnu mais il tourne en rond. Il devait produire Ed Wood avec Denise Di Novi, sur une ébauche de scénario écrit par Larry Karaszewski et Scott Alexander. En se plongeant dans l'histoire, il décide qu'il doit aussi la réaliser : c'est une histoire pour lui, c'est un peu son histoire. Les scénaristes se remettent à écrire très vite, cela fait une quinzaine d'années qu'il connaissent Ed Wood et s'y intéressent, depuis leurs études de cinéma. Ils forment alors avec le réalisateur un trio de passionnés autour d'Ed Wood : c'est l'ambiance dont a besoin Tim Burton pour mener un projet convenablement.
a Warner, la Fox et la Paramount se montrent intéressées par le projet, mais c'est finalement Disney qui s'engage : le budget estimé de 18 millions de dollars est raisonnable, c'est le seul studio qui garantit au réalisateur un contrôle total sur le produit et n'oublions pas que l'histoire entre Disney et Tim Burton est déjà longue, le dernier chapitre en est le succès de L'Étrange Noël de Monsieur Jack.
e casting se fait aussi dans la passion. Le choix de Johnny Depp est évident : il a déjà été le porte parole du réalisateur dans Edward aux Mains d'Argent, il reprend cette fonction pour Ed Wood. Il joue ainsi deux rôles : Ed Wood et Tim Burton s'exprimant par la voix d'Ed Wood.
artin Landau était le premier et l'unique choix de Tim Burton pour Bela Lugosi. Il admire l'éventail de ses rôles et il aime ces acteurs aux parcours atypiques, à la carrière en dent de scie qui leur forge une forte personnalité. Martin Landau accepte immédiatement et se met au travail. Il n'a pas volé l'Oscar qu'il obtient pour ce rôle, que ce soit en étudiant toute la gestuelle de Bela Lugosi à travers ses films et ses rares interviews ou en acquérant un accent pour lequel il fut félicité par des hongrois de souche. Nous les croyons sur parole, de toute façon nous ne sommes pas prês d'oublier ses « Beware ! » ou ses « Pull the string ! » d'anthologie.
es autres rôles sont moins exposés mais permettent de beaux numéros d'acteur, que ce soit pour Sarah Jessica Parker qui reviendra sur le plateau de Mars Attacks! ou Patricia Arquette. Jeffrey Jones avait déjà été vu dans Beetlejuice et on reste étonné par la retenue inhabituelle de Bill Murray qui donne une gravité efficace à son personnage de transsexuel désabusé. Le budget était serré pour tout le monde et on sent que chacun était plus concerné par la passion du réalisateur pour son sujet que par le montant de son cachet.
ais qu'y a-t-il sur l'écran pour justifier toute cette passion ? Tim Burton n'a jusqu'alors réalisé que des œuvres ancrées dans l'imaginaire et le fantastique, dont les personnages n'ont aucun rapport avec notre quotidien. C'est la première fois que Tim Burton met en scène des personnes ayant réellement existé. Sur le papier, Ed Wood est une biopic (biographic pictures [film biographique]) d'un réalisateur peu connu, apprécié par quelques adeptes d'un cinéma décalé et imaginatif qui auraient plutôt tendance à vanter son titre de « plus mauvais réalisateur du tous les temps ». Ed Wood est un être marginal, incompris par ses contemporains mais qui est toujours apparu débordant d'énergie, de créativité et d'optimisme, tournant tout à son avantage et animé par une passion inextinguible. Présenté comme ça, on comprend mieux que Tim Burton s'y intéresse, lui aussi est un passionné qui cherche toujours à imposer ses points de vue contre les décideurs. On ne peut s'empêcher un certain scepticisme sur le parallèle revendiqué par Tim Burton entre sa carrière et celle de son héros : si ses difficultés de communication l'ont parfois desservi, il n'est jamais vraiment sorti du système qu'il a intégré très vite. C'est un artiste avec ses problèmes, ses joies et ses échecs relatifs, mais on ne voit pas ce qui pourrait le transformer en paria comme n'a jamais cessé de l'être Ed Wood.