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partie 1/2

e succès de Batman poussa évidemment la Warner à vouloir une suite le plus vite possible avant que le filon ne se tarisse. Tim Burton ne l'entendait pas de cette oreille et désirait se remettre de toute la pression endurée sur un tournage qui s'échelonna sur un an. Il voulait profiter de sa crédibilité maintenant confirmée pour aller au bout d'une histoire qu'il portait en lui depuis de nombreuses années. Beetlejuice n'était même pas encore tourné lorsqu'Edward aux mains d'argent était déjà en développement à la Fox. En effet, Tim Burton n'avait pas réussi à convaincre les producteurs de la Warner, avec qui il travaillait, de l'intérêt de son projet et c'est Scott Rudin, un fan de la première heure, qui s'en chargea, laissant un contrôle artistique total au metteur en scène, pour un film estimé alors à environ 9 millions de dollars ; le coût final sera de 20 millions de dollars, moins de la moitié du coût estimé de Batman.

Tout avait commencé par la rencontre de Tim Burton et de Caroline Thompson. Ils se croisèrent alors qu'ils étaient tous les deux en train de tenter vainement de placer leurs histoires dérangeantes. Il y avait d'un côté un fœtus avorté qui vient hanter sa mère et de l'autre un garçon innocent mais qui a des ciseaux à la place des mains et qui blesse ceux qu'il veut caresser. Tous deux comprirent qu'ils venaient de planètes voisines. Ils travaillèrent d'abord indépendamment de tout studio, il l'engagea sur ses propres deniers pour qu'elle tire un scénario de son idée alors qu'il était occupé sur Beetlejuice. Plus tard, alors qu'il travaillait sur Batman, ils proposèrent à la Warner le scénario abouti avec des conditions drastiques : quinze jours de réflexion, aucune négociation sur le contrôle artistique complet laissé au réalisateur. Le studio refusa mais la Fox, contactée dans la foulée, accepta avec enthousiasme. Elle fut conforté dans son choix par les déclarations publiques de Tim Burton concernant la démesure de la campagne de promotion de Batman.

'est Dianne Wiest qui signa la première pour l'aventure à la simple lecture du scénario, très enthousiaste et profitant de son Oscar récemment acquis - Hannah et ses sœurs (1986, Woody Allen) - pour faire avancer le projet dans les meilleures conditions.
Winona Ryder était déjà engagée, dans un rôle de jeune fille rangée détonnant avec ses incarnations gothique habituelles, quand Johnny Depp, son compagnon d'alors, lut le scénario, fourni par son agent. Son bouleversement fut tel qu'il voulut absolument le rôle d'Edward. Elle s'arrangea pour organiser une rencontre avec Tim Burton. Le choix fut fait à la première rencontre, on pourrait presque dire au premier regard entre l'interprète et le metteur en scène. La Fox essaya quand même de convaincre Tom Cruise d'accepter le rôle : tout le monde, Tim Burton le premier, le remercie a posteriori d'avoir trouvé qu'Edward n'était pas assez viril pour lui.
Et pourtant tout disqualifiait a priori Johnny Depp qui n'était qu'une idole d'adolescentes hystériques et qui n'avait presque rien tourné pour le cinéma. Mais tout ce passa comme si l'esprit du film imprégnait ce choix : l'aspect et la personnalité d'Edward sont antagonistes. Edward est armé comme un gladiateur mais ferait tout pour épargner une mouche. Tim Burton vit dans le regard et le comportement de Johnny Depp ce qui ferait de lui l'Edward idéal, contre l'avis de ceux qui ne voyait pas au-delà de l'image imposée par une mièvre série télévisée.
Le casting était complétée par une guest-star de légende pour Tim Burton en la personne de son idole Vincent Price, avec qui il avait maintenu des liens d'amitié depuis leur collaboration sur Vincent. Ses quelques scènes, très émouvantes, seront aussi ses dernières pour le cinéma. C'est en effet la dernière fois qu'il meurt pour la pellicule (mais pas la première!), ultime répétition avant son grand saut en 1993.

oulant donner le meilleur de lui-même dans son rôle, Johnny Depp porta ses mains-ciseaux bien avant de tourner et en dehors du plateau. Le tournage dura trois mois, dont la plus grande partie en Floride, dans une chaleur moite et riche en moustiques. Même si le costume de cuir de Johnny Depp le fit particulièrement souffrir, c'était le lieu idéal pour recréer à peu de frais une banlieue californienne des années cinquante. Le directeur artistique Bo Welch se contenta de repeindre avec des couleurs pastel des maisons déjà existantes, dont il fallut quand même rétrécir les fenêtres pour leur donner un côté plus inquisiteur. On rajouta quelques arbres en plastique et le tour était joué. Les intérieurs furent peu modifiés, on se contenta de les parsemer d'accessoires d'époque.

màj : 2004