Vous avez besoin du lecteur Flash 8

partie 1/2

e début du siècle n'a pas été de tout repos pour ceux qui s'intéressent et apprécient la carrière de Tim Burton. Depuis une dizaine d'années, il réalise à peu près un film tous les deux ans et se renouvelle toujours. Il explore des territoires qui lui parlent et construit son univers par petites touches, souvent très colorées et contrastées. La Planète des Singes (2001) avait souvent déçu, la patte de son réalisateur semblait s'être dilué dans la superproduction, comme s'il n'avait pas su trouver ses connexions émotionnelles. C'est donc avec une grande satisfaction que, même sans voir le film mais en se contentant de son thème, on le sent revenu vers une histoire très personnelle comme celles qui ont motivé ses grandes œuvres. Premier détail qui stimule l'imagination, le héros se prénomme Edward, c'est un pur hasard, c'était déjà le cas du héros de la nouvelle de Daniel Wallace, mais on apprécie que le hasard soit arrangeant, jamais deux sans trois, dit-on.

ans la promotion qu'il a assuré pour son film, Tim Burton en a précisé lui-même son thème : la réconciliation d'un fils avec son père, alors que ce dernier est proche de la mort. Le thème de l'enfance et des relations avec les parents est un fil conducteur présent dans la plupart des œuvres de Tim Burton, mais c'est la première fois qu'un père se trouve au premier plan des personnages, catalyseur de toute l'histoire.
Le père de Tim Burton n'a jamais beaucoup communiqué avec son fils. Employé modeste dans les parks de la ville de Burbank après qu'une blessure l'eut empêché d'assouvir ses rêves de joueur de base-ball, il mena sa famille vers une vie très calme où l'imagination à part du petit Tim s'exprimait par des dessins et de petits films déjantés, reflets de sa culture à base de films d'horreurs que lui laissaient ingurgiter ses parents. Ce manque de communication n'a pas empêché le réalisateur, devenu quadragénaire et cinéaste reconnu, d'être marqué douloureusement par la disparition de son père en 2000, alors qu'il était en repérage pour La Planète des Singes. Tim Burton a parlé de « catharsis » à propos de ce film. Il reconnaît qu'il n'aurait pas pu le réaliser avant la disparition de son père, le sujet ne l'aurait pas suffisamment touché.

e choc personnel n'a absolument pas entraîné Tim Burton vers une histoire à caractère purement autobiographique, la quasi totalité du script était déjà écrite avant son entrée dans le projet et l'ambiance familiale du film est beaucoup plus proche de l'imaginaire de Tim Burton que de la réalité de sa vie. De ce point de vue, ce film ne marque aucune rupture avec les précédents, Tim Burton n'est pas un cinéaste qui se raconte.
Un autre événement est venu rajouter un lien émotionnel entre le film et son réalisateur : il est devenu père fin 2003. Le film était en gestation bien avant le petit Billy Ray, mis au monde par Helena Bonham-Carter, mais les deux événements ont nécessairement interférer, au moins dans les derniers mois (le film fut tourné de janvier à avril 2003). Tim Burton se trouve ainsi à la croisée des chemins, faisant le deuil de son père et père lui-même, dirigeant une histoire où le père et le fils ont du mal à s'accorder sur leurs places respectives.

e casting intègre dans la famille burtonienne de nouvelles têtes dans les premiers rôles : c'est un grand du cinéma, Albert Finney, qui joue Edward à la fin de sa vie. Il était déjà engagé quand on s'aperçut qu'Ewan McGregor rappelait les photos du jeune Albert Finney : il fut donc choisi pour le jeune Edward qu'on voit en flash-back au travers des récits plus ou moins fantaisistes. Ces deux Britanniques s'entraînèrent ensemble pour attraper l'accent du sud des États-Unis, version Alabama, et les connaisseurs admirent encore la crédibilité et la concordance de leurs accents.
Jessica Lange joue Sandra Bloom à l'âge mûr, un rôle plein de tendresse et d'émotion où elle fait merveille, relayée par Alison Lohman pour la jeunesse du personnage.
Helena Bonham-Carter est devenu à son tour la muse du réalisateur depuis La Planète des Singes et interprète dans cette tradition (initiée par Lisa Marie) deux rôles courts mais intenses, emblématiques du film : Jenny à deux âges différents, entre espoir et résignation facilement aggressive face à Edward dont elle demeure vainement amoureuse, et la sorcière dont l'œil révèle aux curieux les circonstances de leurs morts quand ils s'y plongent.
Billy Crudup, qui joue Will Bloom, le fils d'Edward, rôle longtemps fonctionnel et effacé derrière celui de son père, doit malheureusement attendre la dernière bobine pour s'exprimer.

n ne résiste pas à parler de Marion Cotillard qui joue Joséphine, la femme de Will. Tim Burton recherchait une comédienne française pour ce rôle de Parisienne et il a d'abord été intéressé par son visage expressif, avec ses grands yeux d'actrices du muet. On a déjà évoqué l'importance qu'ont les yeux des acteurs pour le réalisateur, qui a conduit au choix de Michael Keaton, de Johnny Depp ou de Christina Ricci. Joséphine est enceinte de sept mois, encore une histoire de bébé à naître, de génération qui apparaît, avec tous les problèmes qui se répètent depuis que l'humanité s'interroge sur elle-même. Ce film marque ainsi une nouvelle rupture dans la thématique burtonienne : ses héros ont longtemps été des enfants, puis des adolescents et des adultes immatures. Big Fish traite de la paternité et de la prise de conscience des responsabilités qu'elle entraîne, tout en conservant ce style décalé que nous apprécions. Les grands discours ou le genre du film à thèses n'intéresse pas Tim Burton. Il raconte l'histoire d'un homme, ou plutôt les histoires que racontent cet homme prolixe et crée une fable où les images sont plus éloquentes que les mots. Chacun peut voir le film suivant sa sensibilité, son âge, son expérience ou sa volonté de réflexion.