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partie 1/2

out a été fait par Tim Burton pour que Batman, le défi ne soit pas considéré comme une suite de Batman, malgré le titre évocateur (le titre original Batman Returns [Batman revient] étant encore plus explicite). Ce serait s'engager dans un contre-sens de regarder ce qui a progressé ou régressé entre les deux films : le réalisateur a voulu faire autre chose et ne s'est pas engagé dans cette aventure avant d'avoir le contrôle artistique complet du produit, c'était bien le moins que pouvait accorder le studio après les résultats spectaculaires de Batman. Les rescapés du premier volet : le réalisateur, Michael Keaton (qui avait les même réticences que Tim Burton et n'a rempilé qu'en se fondant sur le même principe de nouveauté) et quelques seconds rôles (Michael Gough pour Alfred et Pat Hingle pour le commissaire Gordon).
Il est donc conseillé de voir ce film comme une nouvelle adaptation des Comics, une nouvelle variation sur le mythe de l'homme-chauve-souris. On remarquera qu'il n'est fait qu'une allusion assez mystérieuse à la journaliste Vicky Vale qui partage le secret de Bruce Wayne/Batman à la fin de Batman et qui semble avoir disparu dramatiquement, laissant Bruce Wayne à sa solitude schizophrénique.

utre signe du renouvellement, ce film est tourné dans les studios californiens de la Warner et non à Pinewood, où la compagnie avait pourtant dépensé des fortunes pour maintenir le décor prêt à accueillir une nouvelle production. Anton Furst était indisponible et c'est Bo Welsh qui se charge des décors. Les influences ne manquent pas, de Metropolis à Blade Runner, même si la volonté était de se démarquer des décors urbains antérieurs. Les parties publiques de la ville ont des relents staliniens avec leurs statues stylisées et la présence du Pingouin permet une prégnance accru de l'élément liquide, en particulier par de nombreux plans dans les égouts. À l'opposé, les hauteurs sont encore plus vertigineuses et en deviennent traites lorsque les personnages sont au bord des buildings, comme pour souligner que le décor n'est qu'un écrin et que ce sont les personnages qui restent les plus intéressants. On remarquera l'ascenseur qui mène à la batcave, en forme de cercueil clouté vers l'intérieur, comme celui du supplice de Lisa Marie dans Sleepy Hollow.

im Burton reconnaît lui-même une certaine surenchère dans le casting des vilains, qui nuit à la présence du héros éponyme. Batman est déjà connu, on se passera de la présentation du milliardaire Bruce Wayne, ce sont vraiment les vilains qui dirigent l'histoire, Batman ne faisant que les suivre, ses activités de recherche n'étant même pas les plus efficaces puisque le Pingouin retrouve ses parents avant lui. On se consolera par la richesse de ces nouveaux personnages, dont deux existaient déjà dans la bande dessinée : Catwoman et le Pingouin, mais qui ont été rendus plus riches (au détriment de Batman). On se souvient que Tim Burton avait vanté le regard de Michael Keaton qui était l'un des rares capables de ne pas se noyer derrière le masque de Batman, il donne plusieurs fois l'occasion dans ce film de le vérifier avec des gros plans ents du premier opus.

e personnage dont la genèse occupe l'écran avant et pendant le générique est le Pingouin. Il reste dans la bande dessinée un personnage assez falot : un petit bonhomme en tuxedo qui utilise des parapluies aux multiples fonctions et que sert une bande d'escogriffes qui rappelle beaucoup celle qui entourait le Joker. Le film a révélé tout le potentiel du personnage en lui donnant une histoire et des motivations qui évoluent au gré du scenario. Il intègre ainsi le bestiaire burtonien sans difficulté et se trouve d'ailleurs dans le recueil de La Mort du Petit Enfant Huître et autres histoires. Tim Burton a dessiné plusieurs versions du personnage et c'est aussi par ces dessins qu'il a expliqué ce qu'il en attendait à Danny DeVito.
C'est la première collaboration de l'acteur avec Tim Burton, avant Mars Attacks (1996) et Big Fish (2003), et elle reste l'une de ses incarnations les plus saisissantes. Il y a bien sûr le maquillage de Stan Winston (qui avait créé les mains d'Edward aux Mains d'Argent) mais il y a surtout ce qu'en a fait l'acteur. Il est à la hauteur de cet être torturé, accouché dans la douleur (comme toujours dans les films de Tim Burton, jusqu'à Big Fish) abandonné par ses parents quand il était tout petit car c'était un petit monstre qu'on devait garder dans une cage, recueilli par les pingouins du zoo municipal et devenu un vagabond qui hante les égouts. Lorsque Max Shreck parvient à le faire sortir au grand jour, son premier souci est de retrouver ses parents, pour les pardonner. Qui pouvait en attendre autant d'un méchant ? Il faudra qu'il comprenne qu'il a été dupé pour faire ressortir toute son aggressivité, il se contentera d'ici là de manières un peu rustres ou d'appétit mal contrôlés : les regards qu'il jette sur un morceau de saumon ou sur les appats de Catwoman sont éloquents.

n hésite entre le rejet de cet individu fruste et la compassion devant les manipulations qu'il subit. Même après qu'il a tenté de faire sauter la ville, sa mort n'apparaît pas comme une victoire du bien contre le mal mais comme un gâchis poisseux : on n'a pas envie de s'acharner contre lui, il ne trouve pas sa place à cause de sa différence mais on ne lui soupçonne pas un mauvais fond malgré un abord peu engageant. On comprend que ce personnage a permis à Tim Burton d'acquérir la pleine confiance de son interprète qui l'a encore aidé sur Big Fish pour un autre personnage décalé.

màj : 2004