'est le succès de Pee-Wee Big Adventure qui amena la Warner à faire plancher Tim Burton sur le projet Batman. Le lecteur consciencieux aura remarqué qu'il y a un problème chronologique puisque Beetlejuice est sorti avant Batman. On en déduit le nombre de migraines qu'a dû engendrer le projet qui n'a pas empêché Tim Burton de réaliser un film pendant sa préproduction, histoire de ne pas perdre la main et d'aboutir plus sûrement à un résultat tangible. En réalité, les décideurs de la Warner avaient peur de confier un projet d'une telle envergure à un réalisateur qui n'avait pas encore fait toutes ses preuves. Le succès récédiviste de Beetlejuice avait rendu Tim Burton crédible pour s'attaquer à Batman.
e personnage de Batman apparaît en 1939, rejoint par Robin, Catwoman et le Joker un an plus tard, tous créés par Bob Kane pour les DC Comics. Il n'a jamais quitté les rayons des libraires depuis sa création. Une première adaptation au cinéma en 1943 n'a pas laissé de grands souvenirs. En revanche, une série de 120 épisodes pour la télévision a été réalisée à partir de 66, et un film est sorti en salle dans la foulée, avec Adam West dans le rôle-titre, dans un grand déballage de kitsch et de second degré, où il était de bon ton de venir jouer la guest star pour faire rire le spectateur, Vincent Price ne s'en priva pas. Le style de la série influença même les bandes dessinées qui surenchérirent dans la veine comique. On tenta un retour vers un héros plus sombre à la fin de la décennie, mais la série perdit de son attrait.
uperman qui avait triomphé en 1978, le contexte semblait à nouveau favorable, il fallait donc profiter du filon. On demanda à Tom Mankiewicz (scénariste réputé notamment pour les James Bond et Superman, fils de Joseph Mankiewicz, le réalisateur d'Ève et du Limier) de trouver à travers quarante ans de Comics de quoi écrire un scénario. Il choisit d'ignorer les débordements fluos des années soixante pour revenir aux sources, en contant la naissance du héros, celle du Joker dans une usine chimique et leur lutte, l'arrivée de Robin, sans oubier l'histoire d'amour avec un personnage féminin qui finit par connaître la double vie de Bruce Wayne : tout figurait déjà dans la première année des DC Comics.
e projet était en préproduction depuis maintenant cinq ans lorsque Tim Burton s'y associa. Adorant la série des années 60 qu'il avait connue quand il était enfant, alors qu'il n'avait jamais été un fan de Comics, il s'orienta néanmoins vers un ton beaucoup plus noir, en phase avec la génèse comics du héro. Il s'assura très tôt de la collaboration du scénariste Sam Hamm, meilleur connaisseur des Comics que lui. Warren Skaaren, l'un des script-doctor (rebouteux pour scripts épuisés) de la Warner, qui avait déjà ausculté le script de Beetlejuice, était aussi de la partie.
Le temps ne fut pas gâché pendant les cinq ans qui restaient à la pré-production : on avait manqué ses quarante ans en 79, on visait désormais les cinquante ans du héros en 89. Après une décennie en creux, plusieurs auteurs des DC Comics revivifiaient le mythe dans les années 80 et influencèrent fortement le film en gestation. L'écrivain dessinateur Frank Miller fait paraître en 1986 une série appelée Batman : The Dark Knight Returns où le héros a vieilli et n'est plus animée que d'une pulsion de vengeance dévastatrice. La série dura quatre mois et conforta l'équipe du film dans ses choix. Une autre influence fut celle de Souriez ! (The Killing Joke), centrée sur le Joker, écrit par Alan Moore (auteur de "From Hell") et dessiné par Brian Bolland. A. Moore eut d'ailleurs l'occasion de discuter avec Tim Burton et Sam Hamm et tous tombèrent d'accord pour centrer l'histoire sur cette approche psychologique très sombre du personnage.
e script de Mankiewicz avait le mérite de donner une piste, mais il était aux yeux de Tim Burton dans la lignée de celui de Superman : trop linéaire, prétexte à des scènes de bravoures mais ignorant les personnages. Si Spiderman a son araignée radioactive pour origine, ce qui intéressait Tim Burton était de comprendre pourquoi quelqu'un à l'idée de s'habiller en chauve-souris pour aller se battre contre le crime en pleine nuit. Il voulait faire du héros un personnage introverti et schizophrène, donc luttant contre le mal. Robin n'avait évidemment aucune place dans cet univers et disparut. Bruce Wayne est un être solitaire - malgré l'aide et l'affection d'Alfred - richissime et retiré à la campagne au fond de son château à la décoration fastueuse mais sans chaleur. Avec un physique pas spécialement avantageux, il est d'une maladresse comique, en totale contradiction avec le personnage aux capacités surdéveloppées par la technologie et sûr de lui. Son costume n'est pas moulé sur la musculature un peu frêle de Bruce Wayne mais ses formes sculpturales sont celles d'une armure sophistiquée qui doit impressionner et forment la peau de l'autre : Batman. Celà crée une fêlure encore plus inquiétante entre Bruce Wayne et son double nocturne. Étrangement, ce n'est pas Tim Burton mais le producteur Jon Peters qui proposa Michael Keaton pour le rôle-titre. Le réalisateur fut tout de suite convaincu, il avait été en effet très impressionné dès leur rencontre par les yeux de l'interprète de Beetlejuice et il savait que sa conception de Batman en aurait besoin : Michael Keaton excellerait dans les quelques scènes de comédie auprès de Kim Basinger (Vicky Vale) et son regard ne disparaîtrait pas derrière le masque épais.