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l s'est écoulé trois longues années entre la sortie de Mars Attacks! (1996) et de Sleepy Hollow (1999), pendant lesquelles Tim Burton fut loin de rester inactif mais s'enlisa pendant plus d'un an sur le projet inabouti autour de Superman. Cette année perdue fut particulièrement difficile à vivre pour le réalisateur qui a besoin de créer et la contrariété accumulée fut évacué sous différentes formes : frustré, le réalisateur assouvit son besoin de se défouler en coupant des têtes avec son film suivant (même si le thème lui fut suggéré par Scott Rudin et Adam Schroeder) et il fit paraître en 1997 le recueil the Melancholy Death of Oyster Boy & Other Stories, qui fut traduit en France par La Triste Fin du Petit Enfant Huître et autres Histoires dès 1998.

n ne peut pas contourner dans un site francophone le problème de la traduction de ces récits. Les Éditions 10/18 ont eu l'excellente idée de proposer une édition bilingue de ces récits, qui permet à chacun de les aborder suivant ses goûts et ses compétences linguistiques. Sans vouloir jeter la pierre au traducteur René Belletto, dont la tâche était périlleuse, il faut remarquer que la langue originale sied beaucoup mieux à ces récits : elle autorise les mots courts et les phrases lapidaires que la caractère plus analytique du français rend quasiment intranscriptible. Un seul exemple, tiré du premier récit : « Stick Boy liked Match Girl, / he liked her a lot » devient « Brindille aimait bien Allumette, / il l'aimait vraiment beaucoup.» Il est vrai qu'on ne sait pas quoi proposer d'autre, mais cela pousse à suggérer à chacun de faire l'effort de lire aussi la version originale, sans méconnaître les mérites de la traduction.

e livre consiste en un recueil de vingt trois petites histoires écrites et illustrées par Tim Burton et qui prolongent les liens du réalisateur avec l'ambiance et la thématique de toute son œuvre autour de l'enfance. La longueur des récits est très variable. Certains se contentent d'un dessin accompagné de deux lignes : James ou Jimmy, the Hideous Penguin Boy, alors que d'autres se développent sur une vingtaine de pages comme le récit éponyme.
Tous les récits évoquent le destin d'un enfant différent des autres et en butte à l'hostilité du monde « normal ». Il n'est pas dans le style de Tim Burton de nous apitoyer sur des anomalies ordinaires, pas question d'enfant handicapé ou accidenté, ce sont des anormalités délirantes qui frappent ces enfants : un enfant-brindille qui ne trouve rien de mieux que de se consumer d'amour pour une fillette-allumette, un enfant-robot né de l'accouplement avec un mixer, un enfant-tâche qui souille tout ce qu'il touche, un enfant-huître conçu au bord de la mer et qui finit gobé par son père, une fille-zombie perpétuellement piquée par ses épingles, une fillette qui devient un lit, un enfant toxique qui se repaît d'eau de javel et meurt au grand air, un enfant-momie couvert de sales bandelettes qui finit dépecé par des enfants curieux, une fillette-ordure qui finit dans un broyeur et même un bébé-ancre dont le cordon ombilical en forme de chaîne entraînera sa mère au fond de l'eau, pour ne prendre que quelques exemples.

n conçoit qu'un tel matériau pourrait permettre à un psychanalyste de se déchaîner. On oscille entre le rire et l'horreur, entre la fantaisie des personnages et leur sort révoltant. Les films de Tim Burton nous ont accoutumés depuis le début à un défilé de monstres plus ou moins exotiques ou détachés de la réalité, mais nous n'avons jamais été confrontés à une telle abondance, comme si la quantité devait masquer le profond malaise qui se dégage malgré les légères dénégations de l'auteur : « C'était très amusant à mettre en forme. C'est un exercice très apaisant. » (extrait du livre d'entretien avec Salisbury)
Le livre est dédié à Lisa Marie et Tim Burton reconnaît que ce recueil lui doit beaucoup, comme si elle lui avait permis de se libérer de certains fantômes, en particulier concernant son enfance. Ce livre peut se lire légèrement, comme son auteur prétend l'avoir écrit, mais une relecture fait éclater au grand jour les difficultés récurrentes liées à l'enfance. Les enfants présentés n'ont pas leur place dans le monde et sont même rejetés, sinon tués ou mangés, par leurs parents, qui n'apparaissent d'ailleurs dans les dessins qu'en contre-jour ou la tête coupée, selon un procédé classique du dessin animé et réutilisé pour Vincent.

l est vain de savoir ce qui, du tragique ou du comique, l'emporte. C'est leur mélange qui fascine et permet de s'y perdre, tout en décryptant certains clins d'œil : le personnage de Stain Boy, qui tâche tout ce qu'il touche, présenté comme un super-héros avec un S sur le torse n'est évidemment pas sans rappeler un douloureux projet avorté, la garçon-brindille rappelle Jack et plusieurs personnages cousus ou piqués rappelle Sally, comme le garçon-momie qui contient des insectes rappelle Oogie Boogie de l'Étrange Noël de Monsieur Jack, sans oublier le garçon-pingouin qui semble sortir de Batman, le Défi. Quelques allusions à Halloween et à Noël complètent une ambiance décidément très burtonienne.

lus prosaïquement est sortie en 2003 toute une série de produits dérivés, les Tragic Toys, qui sont des figurines à l'image de certains personnages du livre. Reconnaissons qu'ils sont particulièrement réussis et semblent se tailler un franc succès auprès des collectionneurs, même si certains admirateurs de l'artiste contestent ce qu'ils considèrent comme des dérapages mercantiles...

im Burton a affirmé récemment lors d'une interview (au moment de la sortie de Big Fish) qu'il continuait à écrire des petites histoires dans le style de celle de ce recueil et qu'il ne s'interdit pas d'en publier à nouveau quand il aura de quoi remplir un volume.

Certains personnages se sont retrouvé dans la série d'animation Flash The World of Stainboy.

màj : 2004